![]() Le baptême du Christ (Rembrandt van Rijn, 1660) |
Culte du dimanche 22 février 2015
A l'Eglise Protestante Unie du
Saint-Esprit (75)
A l'Eglise Protestante Unie du
Saint-Esprit (75)
Lire le texte biblique :
Marc 1, 09-15 (Segond 21)
Marc 1, 09-15 (Segond 1910/Grec)
Marc 1, 09-15 (Segond 21)
Marc 1, 09-15 (Segond 1910/Grec)
Prédication :
Chaque
année, le premier dimanche du temps de Carême, le
lectionnaire de l'Église Romaine choisit le même texte biblique,
dit de la « tentation de Jésus au désert », afin
d'introduire et d'expliquer les quarante jours du Carême.
Oublions les privations, abstinences, pénitences, jeûnes, et autres
pratiques traditionnelles du Carême, et revenons au texte de
l'Évangile, afin d'y discerner ce que peuvent signifier pour nous
aujourd'hui ces quarante jours, qui précèdent le dimanche de
Pâques.
Ce
récit dit de la « tentation de Jésus au désert »
est raconté dans les trois évangiles synoptiques selon Matthieu,
Marc et Luc, mais pas dans celui selon Jean. Autant les évangélistes
Matthieu et Luc détaillent les tentations faites à Jésus par le
satan ou le diable, respectivement en 11 et 13 versets, autant
l'évangéliste Marc résume simplement le récit en un seul verset.
Vous
avez peut être noté que, bien que le lectionnaire indique les
versets 12 à 15, j'ai choisi d'élargir le passage à partir du
verset 9. Car dans l'Évangile selon Marc, « le baptême de
Jésus » et « la tentation de Jésus » sont si
étroitement liés, qu'il ne faut pas les dissocier. En effet, lors
du baptême de Jésus, le ciel s'ouvre, l'Esprit descend sur lui, une
voix se fait entendre, puis dans le verset 12 « aussitôt
l'Esprit le jette dehors dans le désert »
lit-on littéralement dans le texte grec. Ainsi c'est le même
Esprit qui
successivement descend sur Jésus puis qui le jette dans le désert.
Il y a donc un lien singulier entre le baptême
et le désert.
Dans
la bible, le désert, « e[rhmoß »
en grec, désigne un lieu désolé, inhabité, mais aussi la
solitude, l'abandon ou le délaissement. De fait, le désert présente
plusieurs facettes dans les textes bibliques :
-
Le désert est le lieu du vide, du rien, de l'absence de tout, mais
il est aussi un lieu de la présence de Dieu, où les anges
servent Jésus après qu'il ait été tenté, mis à l'épreuve.
-
Le désert un lieu qu'on ne peut que traverser, dans lequel on ne
peut pas rester, ni s'installer pour y vivre, mais il est aussi un
lieu de rassemblement, dans lequel les foules convergent pour
écouter Jésus.
-
Le désert est le lieu de la soif et de la faim, de l'absence d'eau
et de nourriture, mais il est aussi un lieu où Dieu nourrit
ceux qui croient en lui, par la manne répandue, par les pains et
poissons multipliés.
-
Le désert est le
lieu de la tentation et
du face-à-face avec le satan « Satana'ß »
ou diable « diavboloß »,
qui
met à l'épreuve, calomnie, accuse, divise, mais il est aussi un
lieu du baptême,
où Jean baptise ses disciples et Jésus.
-
Le désert est un lieu de la proclamation de la parole de Dieu,
où elle est prêchée et même criée, mais il est aussi le lieu
de la solitude, où Jésus se met à l'écart de la ville ou en
retrait de la foule, afin de se retrouver seul avec soi-même ou avec
ses disciples, pour méditer et prier.
Ce
sont toutes ces facettes bibliques du désert que nous pouvons
intégrer pendant ces quarante jours de préparation de Pâques.
Mais il ne s'agit surtout pas d'avoir la prétention d'imiter Jésus
dans le désert, ni de revivre et d'éprouver ce qu'il a vécu au
désert, mais plutôt de créer ce désert en nous-même, oui,
porter ce désert en nous pendant ces quarante jours :
-
En nous-mêmes, nous pouvons faire de la place, du vide, du rien, de
l'absence, afin qu'une part de nous devienne un désert lieu de la
présence de Dieu. Pour cela, mettons de côté nos choses
superflues et peu importantes, nos préoccupations, nos tracasseries,
nos urgences que nous fabriquons.
-
En nous-mêmes, nous pouvons aussi bousculer nos certitudes, nos
préjugés, nos réflexes, nos habitudes, pour que notre vie ne se
fige pas dans un lieu qui devienne aride, désolé et inhabitable,
mais qu'elle s'inscrive dans un
mouvement, un élan, une traversée.
-
En nous-mêmes, nous pouvons aussi faire une place aux autres, nous
tourner vers eux, afin qu'une part de nous devienne pour eux un
désert lieu de rassemblement.
-
Par notre propre désert, nous pouvons raviver notre soif et notre
faim de la présence de Dieu, afin qu'il nous nourrisse de sa
Parole de vie, comme la manne qu'il a donné, comme les
pains et poissons qu'il a multiplié.
-
Par notre propre désert, nous pouvons faire mémoire de notre
baptême, reçu au nom du Père, du Fils et de l'Esprit.
-
Par notre propre désert, nous pouvons être résistants aux
tentations, aux épreuves, aux calomnies, aux accusations, aux
divisions.
-
Par notre propre désert, nous pouvons nous mettre en retrait de la
foule, afin de se retrouver avec soi-même, pour méditer
et prier.
-
Par notre propre désert, nous pouvons nous mettre à l'écart du
tumulte de la ville et du bruit de la société, afin de nous
retrouver avec nos frères et sœurs en Christ, pour écouter et
méditer les textes de la Bible.
-
Par notre propre désert, nous pouvons aussi être témoin
de la bonne nouvelle,
de l'Évangile « eujaggevlion »,
être un désert lieu
de la proclamation de
la Parole de Dieu, comme Jésus, qui après son baptême et son
passage au désert, appelle à se convertir et à croire en
l'Évangile.
Voilà
finalement tout ce que nous pouvons faire pendant ce temps de
quarante jours, cet autre temps de l'avent de l'année chrétienne,
ce temps de l'avent de Pâques.
Vraiment,
pendant ce temps de préparation de Pâques, nous pouvons
devenir en Jésus-Christ un
véritable désert, lieu d'accueil joyeux,
se tournant vers Dieu, se nourrissant de sa Parole, vivant dans sa
grâce et sa paix, partageant et priant avec les frères et
sœurs en Christ, s'ouvrant et allant vers les
autres, afin de témoigner de l'Évangile
dans la perspective de Pâques, de cheminer vers la
passion et la résurrection de Jésus-Christ.
Amen.
Christophe